mercredi 27 janvier 2021

Victor Margueritte : " La garçonne "

 


Editions Archipoche

342 poche


4 ème de couverture



Issue de la bourgeoisie parisienne, Monique Lerbier s’apprête à épouser Lucien Vigneret, un ingénieur à l’avenir prometteur. Ses parents sont aux anges. M. Lerbier, surtout, qui compte sur l’apport financier de son gendre pour redresser sa société.


Mais à la veille du grand jour, Monique apprend que son fiancé continue d’entretenir une maîtresse. Humiliée, révoltée, elle refuse de se soumettre et sacrifie sa virginité au premier inconnu. Chassée de sa famille, la voilà résolue à mener, comme un homme, une vie libre et indépendante. Une vie de garçonne. Monique, devenue une décoratrice à la mode, se livre dès lors à tous les excès, à tous les plaisirs…


Une vie dissolue est-elle le destin de la femme émancipée? L’égalité des sexes est-elle l’égalité des vices? La conjugalité et la maternité sont-elles réservées aux filles résignées? Questions soulevées par ce roman dont l’audace fit scandale, moins par l’affirmation d’un féminisme ambigu que par sa peinture des mœurs d’un certain milieu.


Mon avis




« La garçonne » sort en 1922, date à laquelle il a fait scandale. Son auteur Victor Margueritte en a même été radié de la Légion d'honneur. J'avais donc hâte de découvrir ce fameux roman. Je me demandais pourquoi son auteur avait été qualifié de pornographe et de féministe.

Tout d’abord, au niveau de la qualité littéraire, rien à redire ; c'est bien écrit et le style est plein de finesse. L'écriture est très sensuelle. J'ai eu l'impression de ressentir des relents de poudre de riz et de rouge à lèvres ! Le contexte festif et dépravé des années folles est bien rendu avec des références à peine voilées à de vraies célébrités de l'époque comme Mistinguette. Le vocabulaire désuet pour nous lecteurs du XXIème siècle est amusant, j'ai découvert des mots que je ne connaissais pas ; horions, grabouiller par exemple.

Et puis qu'en est-il de la pornographie ? Pour notre époque bien évidemment, il n'y a plus rien de choquant et même « Cinquante nuances de Grey » paraît torride à côté de cette pauvre « Garçonne ». On peut comprendre bien sûr que les scènes osées pour les années 20 et des allusions aux drogues aient fait bondir le lectorat. Quant au féminisme, c'est autre chose ! L'auteur estime que la femme peut se comporter comme un garçon, d'où l'emploi du féminin dans son titre, et c'est très bien ! Mais il fait de Monique, son héroïne, une pauvre chose qui ne parvient à trouver le bonheur que dans l'amour d'un homme fort et dans la maternité. Il y a bien quelques passages qui prévoient que le destin des féministes va s'améliorer mais c'est très limité.
« C'était une de ces maigres quadragénaires, sans âge et presque sans sexe, qui n'ayant jamais été mères se vouent, de tout l'élan féminin insatisfait, au trompe-cœur de l'éducation. »
Enfin, l'histoire reste banale, sans rebondissements romanesques. Monique Lerbier est une jeune fille de la grande bourgeoisie trahie par son fiancé et sa famille. Et malgré sa beauté et sa richesse, elle ne cesse de se plaindre, je n'ai pas su apprécier ce personnage agaçant et maniéré. L'auteur dénonce quelques hypocrisies de cette classe sociale mais maladroitement. Cela n'apporte rien à l'intrigue.

Et pourtant, je trouve intéressant de lire « La garçonne » ! Il témoigne des préjugés d'une époque pas si lointaine, d'une atmosphère, d'une mode marquante. Je conseille de lire la préface de Bruno Fuligni qui éclaire sur l'auteur qui mérite finalement sa disgrâce mais pas forcément pour les raisons que l'on pourrait imaginer.



L'auteur



Victor Margueritte est un romancier et auteur dramatique français.

Fils d'un héros de la guerre de 1870, Jean-Auguste Margueritte, frère de l'écrivain Paul Margueritte et petit-cousin par sa mère de Stéphane Mallarmé, il fit ses études au lycée d'Alger. Il s'engagea en 1886 dans les Spahis, avant d'entrer en 1891 à l'École militaire de Saumur où il devint lieutenant de dragons. En 1896, il donna sa démission pour se consacrer à la littérature.

Il se montra préoccupé des questions sociales et fut un ardent défenseur de l'émancipation de la femme[réf. nécessaire]ainsi que du rapprochement des peuples. Il collabora notamment à La Revue contemporaine d'Édouard Rod. Il soutint des opinions sociales de plus en plus avancées et collabora aux journaux et périodiques dans la mouvance internationale et communiste.

La publication en 1922 de son roman virulent "La Garçonne" lui valut de se voir retirer le 1er janvier 1923 sa Légion d'honneur. Rapidement traduit en plusieurs langues, le personnage Monique de ce roman choqua la société de l'époque mais des adaptations au théâtre et au cinéma prolongèrent son succès pendant dix ans.

De 1896 à 1908, il collabora à toutes les œuvres de son frère Paul qui parallèlement publiait des ouvrages sous son seul nom. Il devint Président honoraire de la Société des gens de lettres.



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