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vendredi 30 décembre 2016

Michel Quint: " Un hiver avec le diable"


Editions Presse de la Cité
360 pages


4 ème de couverture



Hiver 1953. Hortense Weber, jeune Alsacienne célibataire venue occuper un poste d'institutrice à Equignies, bourg de l'agglomération lilloise, accouche d'un petit garçon. A la maternité , elle rencontre Robert Duvinage, qui pratique, entre autres, l'escroquerie photographique du " bébé du mois ". Parce qu'elle le perce à jour sans le dénoncer, parce qu'il sent la jeune femme porteuse d'un secret, s'installe entre eux une relation d'affection méfiante. Robert suspend un temps ses activités pour faire le commis dans le bistrot-épicerie du maire communiste d'Erquignies et veiller sur Hortense malgré elle. La guerre d'Indochine bat son plein et divise la population, la guerre froide est vécue au quotidien... Les dissensions sont exacerbées par le procès à Bordeaux des nazis qui ont massacré les habitants d'Oradour en 1944. Parmi les accusés, treize malgré-nous, dont un engagé volontaire, alsacien. A Erquignies, on se déchire avec autant de violence que dans toute la France : responsabilité collective ou individuelle dans un crime contre l'humanité ? Peut-être en raison de ses origines, de son homonymie avec un des accusés, de son statut de fille-mère, Hortense est montrée du doigt. En même temps, ce climat ravive les plaies de la Libération, notamment l'affaire du réseau Voix du Nord, du nom du journal issu de la Résistance et de l'épuration...


Mon avis




"Un hiver avec le diable" de Michel Quint nous raconte l'histoire de la rencontre de Robert Duvinage et de Hortense Weber. On les voit évoluer dans un village du Nord de la France, Erquignies huit ans après la Libération. Robert a le visage d'un petit escroc alors que la belle Hortense est institutrice et fille mère. Ils vont être confrontés aux secrets des habitants de ce village enneigé.

Dès les premières pages, j'ai été plongée dans l'atmosphère de l'après-guerre grâce à des précisions et au sens de la description de l'auteur.

"Robert dépasse l'hôtel de ville de Marcq-en-Barœul, prend vers Bondues. Là commence la campagne avec la ville qui s'effiloche. Et le vent forcit, venu des plaines maritimes de Flandres, de là-haut, la Frise et la Zélande."

J'ai donc passé un hiver avec des personnages troublants. Le diable n'est pas toujours celui que l'on croit. J'ai douté jusqu'au bout. Qui fait mener une existence infernale au quotidien des habitants d'Erquignies ? Qui a mis le feu à la grosse ferme proche du village alors que l’on parle de l’incendie d’Ouradour?
Le contexte historique, justement, offre à Michel Quint l'opportunité de parler des heures noires de notre pays comme le procès d'Ouradour et de la guerre d'Indochine.
Derrière un style très personnel, j'ai ressenti la sensibilité de l'homme mûr et plein d'expériences. Il écrit au rythme d'un hiver, à la fois incisif et pesant, les phrases se délayant comme la neige sur la trahison et la peur des villageois.
Dans " Un hiver avec le diable", Michel Quint sait faire dialoguer ses protagonistes à la manière des années 1950. Certains d'entre eux sont truculents voire humoristiques.

".... Ou alors c'est une manœuvre, il provoque, mon abbé Léon Morin, façon roman policier, Agatha Christie la bien-nommée, à peu près "bonne grâce au Christ", il fait semblant de détenir la vérité, et attend la confession, qu'on craque de culpabilité devant Dieu ! Il va faire fuir, oui !"

J'ai pensé parfois à Simenon, dans la façon dont l'auteur décrit la société de ce village. Il en dépeint les membres en tranchant dans le vif des sujets !! Et il ne loupe personne pour notre plus grand plaisir.

Ainsi, si vous voulez faire un petit voyage dans le temps durant un hiver étouffant de mystères, suivez Robert et Hortense dans cette danse avec le Diable!


L'auteur



Né en 1949, Michel Quint est resté fidèle au Nord-Pas-de-Calais puisqu'il habite aujourd'hui La Madeleine, une commune de la banlieue lilloise qu'habitaient déjà ses parents à sa naissance. Après une licence de lettres classiques et une maîtrise d'études théâtrales, il devient enseignant et, parallèlement, commence à écrire des pièces pour Théâtre ouvert. Puis il imagine pour France Culture des feuilletons et des dramatiques et obtient le prix des nouveaux talents radio de la SACD en 1986.
Attiré par le roman noir, il commence à écrire des polars dès le début des années 1980 et reçoit en 1989 le Grand Prix de Littérature policière pourBillard à l'étage. On y remarque ses thèmes de prédilection : la puissance de l'histoire, l'influence du passé sur le présent, le poids de la culpabilité, la question de la honte, du pardon, de la vengeance. Viendront des romans comme Le Bélier noir ou L'Eternité sans faute et surtout Effroyables jardins, qui fait exploser sa carrière. Ce court roman aborde le thème de la Seconde Guerre mondiale mais également celui de la relation père-fils. Il est traduit dans plus de vingt langues, se vend à des millions d'exemplaires, est étudié dans les collèges et les lycées, avant de devenir un long-métrage réalisé par Jean Becker ainsi qu'une pièce de théâtre.
Michel Quint quitte alors l'enseignement pour se consacrer à l'écriture. Il publie environ un livre par an, alternant fiction pour adultes, biographies, nouvelles, textes illustrés, livres pour la jeunesse, en gardant l'idée maîtresse de réunir fiction et réalité sociale.
Il publie, par exemple, Corps de ballet en 2006, un texte court sur des photos de Cyrille Derouineau, puis, en 2008, un portrait de Jean Moulin, Max. En 2009 paraît Les Joyeuses, où se trouvent réunis l'amour du vin et celui du théâtre. En 2010, Avec des mains cruelles explore le thème de la mémoire en revisitant l'époque de la bande à Bonnot. Viennent les romans Les Amants de Francforten 2011, En dépit des étoiles en 2013 et, en 2014, J'existe à peine, qui se déroule dans le Nord où un forain, Alexandre Sénéchal, retrouve à la fois sa terre natale et les sombres souvenirs de sa jeunesse. En 2013, Michel Quint publie un roman policier historique, Veuve noire, sur le Montparnasse de l'après-guerre. Il obtient la Plume de Cristal au Festival international du film policier de Liège.
En octobre 2016, il publie un grand roman populaire, Un hiver avec le diableaux Presses de la Cité ayant pour cadre la région lilloise des années 1950.



2 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas ce roman, mais la couverture est vraiment jolie et le résumé tentant...Je note ! Merci pour la découverte !

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